Publication dans Transport Routier

Notre directrice des ventes, Cathy Lussier, était en entrevue pour le site web de Transport Routier. Voici l’article.

Photo : Cummins

Poussée de croissance – 6 août 2018

Les indicateurs économiques disent tous plus ou moins la même chose : le marché est en surchauffe et l’écart entre l’offre et la demande n’a jamais été aussi marqué. Les défis qui accompagnent cette période faste sont nombreux, et les manières d’y faire face varient d’un transporteur à l’autre.

Pour Marie Bogelic, présidente de Kepa Transport à Val-d’Or, la conjoncture économique favorable est indéniablement un facteur à considérer. « L’économie ici est excellente », dit-elle au sujet de l’Abitibi et des régions plus nordiques que son entreprise dessert. La croissance démographique de la région, plus vigoureuse que dans les grands centres urbains du sud de la province, serait également un facteur à considérer selon elle puisque cela stimule la consommation des ménages.

Le présidente de Kepa Transport estime que la demande accrue à laquelle elle fait face pourrait aussi s’expliquer en partie par la fermeture d’autres compagnies de transport, incapables de soutenir le rythme de la croissance avec les défis de main-d’œuvre et de disponibilité d’équipement que cela implique. La baisse de l’offre de transport se serait ainsi transformée en hausse de la demande pour l’entreprise qu’elle dirige. Marie Bogelic continue néanmoins de privilégier une approche qu’elle qualifie elle-même de « conservatrice », se méfiant notamment du caractère cyclique de l’activité minière, omniprésente en Abitibi, qui a des répercussions directes sur la vigueur de l’économie régionale dans son ensemble.

Marie Bogelic privilégie une approche conservatrice, se méfiant notamment du caractère cyclique de l’activité minière en Abitibi.

Chez CH Express, de St-Jean-sur-Richelieu, le directeur des opérations Marc-André Hubert concède que la bonne tenue de l’économie explique en partie la période d’abondance actuelle. « Dans le secteur des remorques à plateau [une spécialité de la firme], la demande est beaucoup plus élevée que l’offre. C’est une occasion de croissance assez évidente », dit-il.

M. Hubert estime cependant que les dispositifs de consignation électroniques (e-logs) ne sont pas étrangers à la disparition de certains transporteurs, ce qui aurait selon lui contribué à la hausse de demande qui s’offre à ceux qui demeurent en activité. « C’est toujours difficile de dire si c’est parce que l’économie va mieux ou si c’est seulement à cause des logs books électroniques. Mine de rien, ça [l’application plus sévère des règles sur les heures de conduite] réduit la capacité de 15% à 20% selon nous. »

Marc-André Hubert croit que l’arrivée des dispositifs de consignation électroniques réduit la capacité de 15% à 20%.

Trouver du matériel roulant

Pour profiter du marché en surchauffe, plusieurs transporteurs se voient dans l’obligation d’ajouter du matériel roulant à leur flotte existante et parfois vieillissante, mais il y a un hic : cette demande s’exprime presque partout simultanément et les fabricants de camions ont peine à soutenir le rythme.

Cathy Lussier, directrice des ventes de camions neufs au groupe Excellence Peterbilt, confirme les arrérages de production et de livraison, surtout lorsqu’un client demande des spécifications très précises, qui laissent peu de place à la flexibilité. « Avant, on avait des délais de huit à 10 semaines, et là on est rendus à six mois, donc ce n’est clairement plus la même dynamique », dit-elle.

Ce constat trouve écho chez un concessionnaire concurrent, International Rive-Nord de Laval, où le porte-parole Alain Jeanson confirme devoir lui aussi composer avec des délais de livraison plus longs qu’à l’habitude.

Et même si Mme Lussier et M. Jeanson représentent des marques qui se font concurrence, ils s’entendent sur certaines avenues de solutions qui s’offrent aux transporteurs en manque d’équipement. La première serait de faire preuve de souplesse en matière de spécifications.

« Si les gens magasinent un peu, ils vont voir qu’il y a encore des camions disponibles. Il y a des camions en inventaire chez toutes les compagnies, » affirme Alain Jeanson.

Les concessionnaires disposent d’une certaine marge de manœuvre pour faire modifier des camions en cours de production pour qu’ils correspondent plus précisément à vos spécifications. Cette option a ses limites, mais elle existe, tout comme les modifications pouvant être apportées chez le concessionnaire-même une fois que le camion est sorti des chaînes d’assemblage. « Ça peut être une longueur d’empattement, raccourcir ou rallonger un camion par exemple » explique Cathy Lussier.

La location peut se révéler une solution de rechange à l’acquisition, surtout lorsque l’incertitude plane quant à la durée du boum que vit l’industrie. C’est la voie qu’a choisie Kepa Transport. « Est-ce que je veux vraiment grossir ma flotte pour un contrat de trois ans? Je ne crois pas, » résume Marie Bogelic. D’autant plus que son équipe d’entretien est déjà à la limite de ses ressources, ajoute-t-elle.

Vice-président principal et directeur général chez Location Brossard, Jérôme Léonard dit voir de plus en plus de ces cas, de « location en intérim ». Il s’agit de camions loués à court ou moyen terme afin de répondre à une demande ponctuelle, ou encore en attendant que le transporteur obtienne livraison de son camion neuf à la suite d’un achat ou de la signature d’un contrat de location à long terme. Parce que les locateurs eux aussi ont de la difficulté à s’approvisionner en camions neufs. « On vit le même phénomène. Les camions qu’on achète, il y a un certain délai avant qu’on les reçoive », témoigne M. Léonard.

Les entreprises de camionnage en manque d’unités motrices peuvent bien sûr se tourner vers le marché de l’usagé, mais il n’existe pas de solution miracle là non plus. Alain Jeanson explique que la clientèle boude les camions d’années-modèles qui n’ont pas été un grand cru en matière de fiabilité et que ceux qui sont plus prisés s’envolent à la vitesse de l’éclair, à des prix parfois surprenants à cause du contexte de surenchère.

Questionné par Transport Routier à l’occasion du dévoilement de ses résultats financiers du deuxième trimestre de 2018, le PDG de TFI International, Alain Bédard a dit, lui aussi, constater une embellie sur le marché des camions d’occasion. « Au cours des deux dernières années, le marché des camions d’occasion était nettement en baisse, mais nous constatons que ce marché est en train de changer. Si vous vendez un camion aujourd’hui et que vous l’avez déprécié adéquatement, vous en tirerez probablement un prix équitable et peut-être même un profit », a-t-il déclaré.

Alain Bédard, à propos des clients à escompte: «Il faut s’en débarrasser s’il n’y a pas d’argent à faire.»

Bataille de la main-d’œuvre

La pénurie de chauffeurs et de techniciens d’entretien n’est pas nouvelle en soi, mais elle s’exacerbe au moment où les entreprises de camionnage cherchent à augmenter leur capacité de transport.

Sauf qu’en période de croissance tous azimuts, les transporteurs ne sont pas les seuls à convoiter la main-d’œuvre qualifiée. En Abitibi par exemple, les entreprises minières offrent des salaires alléchants aux travailleurs, ce qui cause des maux de tête aux recruteurs de Kepa Transport, même s’ils réussissent à tirer leur épingle du jeu en investissant des ressources considérables pour former des gens qui ne proviennent pas nécessairement du milieu du transport et doivent y être initiés. « La compétition pour moi, ce n’est pas les autres transporteurs, c’est les mines », résume Marie Bogelic.

Les fabricants de camions font eux aussi des efforts soutenus de recrutement pour fournir des camions aux transporteurs, puisant toutefois dans un bassin de main-d’œuvre similaire à celui qui est convoité par les entreprises de camionnage.

Au Canada, l’usine Paccar de Ste-Thérèse est présentement en mode séduction sur Internet avec des publicités accrocheuses, celle de Hino à Woodstock, en Ontario, affichant elle aussi plusieurs postes disponibles.

Cap sur la rentabilité, écrémage de la clientèle

Lorsqu’un marché s’emballe, peu importe le créneau de marché qu’on y occupe, l’important est de garder l’œil sur la rentabilité. Ainsi le PDG de Cummins, Tom Linebarger, déclarait récemment à un auditoire d’investisseurs que sa firme entendait mettre la pédale douce sur les acquisitions pour un temps, question de se concentrer sur sa rentabilité et pas uniquement sur le chiffre d’affaires, un indicateur dont la valeur est toute relative.

« Il ne faut pas miser uniquement sur le volume, mais essayer de rentabiliser chacun des mouvements de transport, » estime Marc-André Hubert de CH Express, rejoint en cela par Marie Bogelic de Kepa Transport : « Celui qui rentre 50 millions dans sa compagnie fait peut-être plus d’argent que celui qui rentre 100 millions » déclare cette dernière pour illustrer l’importance du facteur de rentabilité au-delà des chiffres de ventes.

« Moi ça fait déjà six ou sept ans que je fais du ménage dans ma clientèle », déclare Marie Bogelic. Elle n’est pas la seule. Alain Bédard indique lui aussi avoir procédé à une forme « d’écrémage » de sa clientèle insuffisamment rentable. « Il faut s’en débarrasser s’il n’y a pas d’argent à faire », dit-il au sujet des clients à escompte.

Le directeur des opérations de CH Express résume assez bien ce qui pourrait bien être le principal enjeu pour les transporteurs au cours des mois à venir : « Ça va se jouer dans la gestion. Il ne faut pas essayer de saigner personne. Il faut voir sur le long terme et rester professionnels, pas juste embarquer dans la tempête », conclut Marc-André Hubert.

-Par Eric Bérard

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